8/9/10/11 Août 1937 – 8 Mai 2022 – Lauf / Pilsen
8/9/10/11 Août 1937 – 8 Mai 2022 – Lauf / Pilsen

8/9/10/11 Août 1937 – 8 Mai 2022 – Lauf / Pilsen

57 km

La route est agréable et très roulante, mais elle se déroule d’une façon monotone. Je décide donc de continuer le voyage.

Brusque retour à l’actualité, des panneaux indiquent le poids maximum autorisé pour les blindés (70t)

Wernberg … Wohenstrauss … Nous sommes dans la Grenzbezirck. Nous faisons les choses en grand : nous achetons des tomates en plus des traditionnelles saucisses et une bouteille d’Aprikot-Brandy.

Waidhaus … le village frontière. Maintenant, c’est la roue arrière de Pat dont les rayons n’en peuvent plus. Nous confions la réparation au maréchal-ferrant de l’endroit et, pour prendre patience, nous engouffrons dans la vieille auberge qui est en face.

Le patron est un vieil homme, à peine voûté, de type tzigane très prononcé. Il nous apporte nos consommations, puis, sans plus faire attention à nous que s’il était seul, passe dans une salle voisine. Il s’installe devant une cithare et commence à jouer quelque chose ou, plus exactement, à improviser quelque chose.

Ca ressemble à du Chopin, coupé de Litz, avec, par moment, un mélange de valse viennoise tzigane. Parfois, le chant est triste, langoureux, assourdi, puis, tout à coup, il monte, monter devient sautillant, joyeux, ailé, pour redevenir, non moins brusquement, plaintif et gémissant.

Le cadre ajoute au pittoresque de la scène. Le vieil homme a une tête comme taillée à coups de serpe. Un buffet sculpté, patiné par les ans, noirci par l’usage, surmonté de plats d’étain ternis, lui sert de fond. Une lumière douce, tamisée par des vitraux colorés baigne le tout.

Nous serions restés des heures à écouter. C’était si beau, et pour les yeux et les oreilles ….

Il est seize heures trente lorsque nous passons en Tchécoslovaquie. Nous aurons le temps de nous enfoncer un peu à l’intérieur. Erreur impardonnable ! Nous avions comptés sans les douaniers !

Avons-nous un triptyque ? Non … alors nous ne passerons qu’à condition de fournir une caution suffisante pour nos bicyclettes. Avons-nous de l’argent tchèque pour cette caution ? Non … Alors, nous ne passerons qu’à condition de pouvoir nous en procurer auprès des touristes quittant le pays. Oui mais avons-nous une somme suffisante ? Non … alors nous ne passerons pas.

Une heure après : nous passerons peut-être.

Deux heures après : nous passerons si nous pouvons fournir la caution nécessaire pour deux bicyclettes, soit cent neuf krönen, en argent tchèque. Le troisième vélo passera sans caution. Toutefois, il nous faudra ressortir par le bureau de douane d’entrée.

Je découvre avec beaucoup de surprise que la Tchéquie n’est pas dans la zone euro en faisant le plein. Il va me falloir changer de l’argent pour minimiser les frais de change. Le taux serait de 25 couronnes environ pour 1€.

Pat part pour le premier village, Rozvadov (Rosshaupt), où paraît-il, un vieil épicier juif fait du change. Pat est rudement long à revenir … Enfin le voilà. Il roule même à gauche comme le veulent les règlements du pays, tant il est vrai que l’on observe la loi lorsque l’on n’est pas tout à fait en règle.

L’épicier n’a rien voulu savoir. Il prélevait une commission exagérée, qui, tous calculs faits, lui laissait du 25 % de bénéfice. Pat et lui ont discuté sans qu’aucun des deux puisse posséder l’autre. Le sémite jurait ses grands dieux qu’en faisant ce cours, il y perdait, qu’on l’étranglait… En ce qui concerne ce dernier point, ce n’était pas l’envie qui en manquait à notre camarade, nous assure-t-il.

Les douaniers sont charmants. Ils vont même jusqu’à nous indiquer un emplacement pour la tente. Bien sûr, nous ne le trouvons pas tout à fait comme nous l’aurions voulu, mais comment résister à tant de gentillesse ? Ils poussent la bonté jusqu’à garder nos véhicules. On ne sait jamais, une frontière est si mal fréquentée.

Frontière Tchèque et cabane, mais du côté allemand

C’est un campement original : une frontière, une route barrée par des chicanes, le poste de douane d’un côté, une petite tente verte de l’autre …

Robert, le fils et Vera, la fille de l’officier du poste, ainsi que le gamin d’une auberge, l’unique habitation du lieu avec la douane, viennent nous rendre visite. Ces spectateurs ne restent pas inactifs : ils ramassent des brindilles, des branches. Vera épluche les patates, son frère active le feu. Ce dernier nous apporte du bois primitivement destiné à la fabrication de crayons qui y sont déjà moulés.

Et voilà comment nous campâmes sur une frontière, et comment nous mangeâmes de la cuisine faite sur un feu de crayons.

Vous pouvez accéder au récit du 10 Août 1937 en cliquant sur la Page 3

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