27 juillet 1937 – 3 mai 2022 – Ospern / Harlange
27 juillet 1937 – 3 mai 2022 – Ospern / Harlange

27 juillet 1937 – 3 mai 2022 – Ospern / Harlange

Nous visitons la ferme. Je découvre un vieux rouet poussiéreux dissimulé au fond d’un grenier. Il me permettra de tirer une photographie de nos hôtes.

La grange pleine nous invite à faire un peu de catch. Pat préfère s’en tenir à l’arbitrage. J’entre donc en lice avec Jacky. La lice? Elle est constituée par le sommet d’un tas de foin qui monte jusqu’aux grosses poutres tapissées de toiles d’araignées. La lutte s’engage, sans merci. Elle est interrompue, d’un commun accord, chaque fois que nous nous retrouvons trop près du bord, et c’est souvent. J’enfonce deux doigts dans la gorge de mon adversaire. Il me le rend avec usure en me tortillant un bras. Sur ce, je ne peux faire autrement que de répondre par un ciseau à la tête qu’il déjoue en me retournant un pied. Bref, tout se passe le plus gentiment du monde et, si ce n’était le bord de notre tas de foin qui se rapproche bien trop souvent, ce serait charmant. La poussière nous fait bien éternuer et des brindilles nous grattent bien un peu le dos, mais cela ajoute du piquant à l’affaire.

Les trois petits H… – Bernard, attirés par le bruit, nous contemplent avec effarement. Ils sont charmants, les deux sœurs étonnamment semblables, la taille mise à part, et le frère propret dans son tablier noir.

Nous nous arrêtons pour ne pas leur donner plus longtemps le spectacle de nos débordements.

Lorsque nous revenons au jour, suant, soufflant, on nous informe que nous sommes attendus à déjeuner, à l’autre bout du village. (On, c’est une petite fille).
Nous faisons connaissance d’une autre branche de la famille H…. Il y a deux jeunes mariés qui font du camping à l’occasion. Ils reviennent d’une excursion à la frontière belgo-hollandaise. C’est surtout Pat qui fait les frais de la conversation car il est le seul à pouvoir parler de camps antérieurs. Il est question de pommes de terre chipées dans les champs, de système D et de bien d’autres choses encore.

Le repas est copieux. J’ai comme une idée que copieux est synonyme de luxembourgeois, et que luxembourgeois est synonyme de gros mangeur.

L’après-midi, nous poussons une petite pointe en Belgique. Deux chemins s’offrent à nous pour aller jusqu’à Bastogne. Nous décidons de prendre l’un à l’aller, l’autre au retour.

Près de la ferme H…-Bernard, un poteau indique la frontière à douze cents mètres.

Le chemin est caillouteux et défoncé. Nous traversons Lubeirange, Entrebois. La frontière est invisible. C’est là que, pour une fois, c’est vraiment une ligne idéale.

Je confirme, ce n’est qu’en regardant les plaques d’immatriculation des voitures garées sur le bas-côté que je mes suis aperçu que j’étais en Belgique !

Nous avons beau avancer, nous ne trouvons rien. Les douze cents mètres annoncés ont été parcourus plusieurs fois. Enfin, nous découvrons une petite baraque à gauche de la piste. Je profite d’une légère avance que j’ai sur mes compagnons pour m’arrêter avec l’intention de demander dans quel pays nous sommes. Un soldat, que je n’avais pas encore vu, assis qu’il était dans un coin d’ombre, se lève et m’interpelle :
« Alors quoi ? Vous ne savez pas lire ? Il est interdit de stopper. »
En même temps, il me désigne un écriteau sur lequel on peut voir :

BELGIQUE
Interdiction absolue de s’arrêter

C’est bien la première fois que je vois une frontière pareille. Nous sommes passés en Belgique sans nous en être aperçus, et lorsque nous trouvons quelqu’un, on nous interdit de faire halte. Pourtant, cette pauvre bicoque de bois, occupée par deux ou trois soldats ensommeillés ne doit pas présenter grand intérêt pour la défense nationale. Encore un mystère…

De distance en distance, la chaussée est oblitérée de formidables inscriptions de peinture blanche :

«  REX vaincra »

ou tout simplement

« REX »

L’agglomération est en fête. Il s’agit d’une kermesse dont le clou est l’arrivée d’une course cycliste. La Grand Place n’a jamais vu tant de monde. Nous louvoyons péniblement au travers des groupes. Nous faisons quelques emplettes. En passant, je photographie une vieille porte, ce qui m’oblige à escalader une haie.

©Geneanet sous la licence : CC-BY-NC-SA 2.0 Creative Commons

La ville s’est bien modernisée. Il reste bien sûr quelques monuments historiques, comme la Porte de Trèves, mais elle se consacre maintenant à un événement qui l’a profondément touchée : son siège lors de la Bataille des Ardennes en décembre 1944/janvier 1945.
Je n’ai pas visité tous les sites, mais seulement le Bar Muséum et le Mardossan tout proche. Le musée est intéressant, et les audioguides, lorsqu’ils fonctionnent, apportent des explications intéressantes et vivantes.

Pour revenir, nous empruntons la grande route, plus longue peut-être, mais aussi plus facile. Un peu avant le village frontière de Bras (Wardin en flamand), notre attention est attirée par deux jeunes filles, assises dans le fossé, près de leurs bicyclettes.

Nous les dépannons, puis, après mûre réflexion, nous faisons demi-tour.

  • Bonjour,
  • Bonjour

C’est l’aînée, la moins bien des deux, qui a répondu. L’autre baisse les yeux et semble intimidée.

  • Pat : y-a-t-il quelque chose pour votre service ?
  • J.F : Non …
  • Bob : Vous êtes bien sûre ?
  • J.F : Oui … Je vous … nous vous remercions pour votre obligeance
  • P : c’est la moindre des choses. Vous venez de loin ?
  • J.F : Bastogne
  • J : et .. comment appelle-t-on les habitantes de Bastogne ?
  • J.F : les bastognardes
  • B : Vous aussi Mademoiselle, vous êtes, comment dites-vous, Bastognarde ?
  • 2ème J.F : oui monsieur …
    Elle m’a répondu en baissant les yeux encore une fois.

La conversation se poursuit pendant quelques minutes puis :

  • J.F : nous nous étions arrêtées pour souffler un peu.
  • 2ème J.F : Oui … Maintenant, il faut rentrer.
  • B : comment, rentrer ? Déjà ?
  • P : Vous avez bien le temps .
  • J : attendez encore un peut
  • B : Il y a bal ce soir à Bastogne ?
  • J.F : oui
  • B / et.. Vous y serez ?
  • J.F : Oui, mon ami aussi.
  • J : .
  • P : Alors, au revoir .
  • B :
  • 1ère et 2ème J.F : Au revoir.

Nous abordons la douane belge. Le douanier nous fait signe de passer. Nous nous arrêtons quand mêle pour réclamer un visa sur notre passeport. Il n’existe pas de cachet. Enfin, pour nous contenter, le brave employé finit par dénicher un vieux tampon de taxe au fond d’un tiroir. Il se plaint à nous de la mauvaise fois des commissaires du Tour de France qui ont désavantagé le pauvre Sylvère Maës au profit de ce gredin de Lapébie. Nous le consolons comme nous le pouvons, c’est à dire mal, et nous le quittons.

Le douanier luxembourgeois n’est pas moins aimable que son confrère belge. Malheureusement, il n’a pas de timbre humide.

Nous rentrons à Harlange, sans qu’il soit autrement question de bal, d’agent de l’autorité ou de Tour de France…

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